Diocese Grenoble-Vienne (France): “quelle pastorale pour les personnes à tendance homosexuelle ?”

Lettre d’information des familles – Spécial “réflexions sur l’homosexualité”, Diocese Grenoble-Vienne (France), 21/08/2014
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L’actualité du “mariage pour tous” a mis en lumière une réalité qui jusque là restait taboue. Dans cette lettre aux familles, nous souhaitons nous interroger sur l’origine de l’homosexualité, sur ce qu’en dit l’Eglise et nous nous posons la question : quelle pastorale pour les personnes à tendance homosexuelle ?
Pour notre réflexion, nous nous appuyons sur différents points de vue et des citations d’ouvrages traitant de l’homosexualité et sur des textes de l’Eglise Catholique.

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Homosexualité : de quoi parlons-nous? .

Le terme “homosexuel” est apparu en 1869 (le terme hétérosexuel en 1870) afin de marquer la différence d’orientations sexuelles. Avant on parlait des actes. “L’homosexualité désigne les relations entre des hommes et des femmes qui éprouvent une attirance sexuelle, exclusive ou prédominante, envers des personnes du même sexe.” Catéchisme de l’Eglise Catholique n°2357

L’orientation sexuelle peut être permanente ou passagère, liée à des moments de la vie, des crises existentielles ou des circonstances. Ce n’est pas une maladie dont on pourrait se soigner. Elle peut être masculine ou féminine.

“L’acceptation de son homosexualité n’arrive pas du jour au lendemain, c’est le résultat d’un long parcours. C’est pour cela que nous pouvons dire en toute certitude que les gens ne naissent pas homosexuels. L’homosexualité n’est pas un état, mais un processus. L’évolution psychologique a ses propres rythmes qui varient selon l’individu”. Marina Castaneda, psychothérapeute, dans Comprendre l’homosexualité (Pocket, édition poche 2013)

Pour Xavier Thévenot, théologien moraliste, dans Homosexualités masculines et morale chrétienne (Cerf, 1985), il y a autant d’homosexualités que de personnes homosexuelles, d’où la complexité du fait homosexuel et la difficulté d’ajuster le discours éthique sur la question. Le sujet homosexuel ne doit pas être réduit à cette seule dimension de son être. Tout homme est appelé à la sainteté quelles que soient sa structure psychique et son orientation sexuelle ; il est donc appelé à se situer entre le “souhaitable intégral” et le “possible effectif”.

Une personne ne se réduit jamais à son orientation sexuelle. Tout homme est une histoire sacrée.
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Quelle en est la cause ? 

L’origine de l’homosexualité est inconnue. Il n’y a pas de réponse unique.

“Je ne pense pas qu’un jour on pourra l’expliquer, au sens où on explique un phénomène physique. Et puis, il faudrait prendre en compte bien d’autres paramètres biologiques, sociologiques et pourquoi pas généalogiques.” Jacques Arènes, psychanalyste, dans Les chrétiens et l’homosexualité (Presses de la renaissance, 2004, Claire Lesegretain)

“Il est maintenant bien établi qu’il n’y a pas vraiment une “cause” unique de l’homosexualité. Il est préférable de parler de facteurs qui contribuent à la naissance et au développement de cette réalité, car les origines de notre orientation sexuelle (qu’elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle) s’enracinent profondément dans nos premières expériences et reflètent une convergence de plusieurs circonstances biologiques, psychologiques et sociologiques.” P. Noël Simard, professeur de théologie morale.
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Le désir homosexuel .+

“La seule chose qui existe dans l’homosexualité, c’est le désir homosexuel. Il est une donnée physiologique indéniable, qui s’impose à l’individu qui la ressent sans qu’il l’ait a priori choisie.” Philippe Arino dans L’homosexualité en vérité (Frédéric Aimard Editeur, 2012)

L’homosexualité est “une sensibilité avant de s’exprimer dans une sensualité et des actes sexuels.” Yves Navarre dans sa Biographie (Flammarion, 1981)

“Le désir homosexuel, c’est l’attrait pour l’image de moi qui se manifeste dans un autre, d’où le désir de l’autre” Cours de Xavier Lacroix, théologien, philosophe

“Le fait d’être homosexuel n’est pas d’ordre moral. Ce n’est ni une “faute” ni un “péché” ni un “vice” : c’est un fait. Le sujet qui a des orientations homosexuelles n’a pas choisi de les avoir, et il serait à la fois stupide et gravement injuste de le lui reprocher. C’est un donné auquel il n’est pour rien, et avec lequel il va falloir qu’il s’arrange d’une manière ou d’une autre.” Marc Oraison, médecin et prêtre dans La question homosexuelle (Seuil, 1975)

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Qu’en dit l’Eglise ?

Extraits des § 1934, 2358 et 2359 du Catéchisme de l’Eglise Catholique: “Créés à l’image du Dieu unique, dotés d’une même âme raisonnable, tous les hommes ont même nature et même origine. Rachetés par le sacrifice du Christ, tous sont appelés à participer à la même béatitude divine : tous jouissent donc d’une égale dignité.” “Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles foncières. […]
Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la croix du Seigneur les difficultés qu’elles peuvent rencontrer du fait de leur condition.”
“Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. Par les vertus de maîtrise, éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d’une amitié désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et doivent se rapprocher, graduellemnet et résolument, de la perfection chrétienne.”

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Comment la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, portée par l’Eglise, rejoint-elle les personnes homosexuelles dans la diversité de leurs situations? 

Lettre aux évêques de l’Eglise catholique sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles (1986), extraits des § 16 et 17: “Créée à l’image et ressemblance de Dieu, la personne humaine ne peut trouver sa figure adéquate dans une réduction à sa seule orientation sexuelle. Tout être qui vit sur la face de la terre a ses problèmes et ses difficultés personnels, mais également des occasions de croissance, des ressources, des talents, des dons propres.
L’Eglise offre le cadre, dont l’exigence se fait aujourd’hui fortement sentir, d’une pastorale de la personne humaine, lorsque précisément elle refuse de regarder celle-ci comme “hétérosexuelle” ou “homosexuelle” et souligne que chaque être humain a la même identité fondamentale en tant que créature et, par grâce, enfant de Dieu et héritier de la vie éternelle.”
“En particulier, les évêques auront à coeur de soutenir par les moyens à leur disposition le développement de formes spécialisées de pastorale des personnes homosexuelles, ce qui peut compter, demeurant sauve la pleine fidélité à la doctrine catholique, la contribution des sciences psychologiques, sociologiques et médicales.”

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Egaux mais différents
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Différence Homme/Femme
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S’ils sont égaux, les deux sexes sont-ils pour autant ”équivalents” ?

Genèse 1, 27 : “Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.” Dès le récit des origines, la Bible insiste sur l’aspect sexué du couple humain, faisant de la transmission de la vie un devoir. Genèse 1, 28 : ” Et Dieu les bénit et Il leur dit : Croissez et multipliez-vous, remplissez la terre.”

“La différence sexuelle n’est pas une différence surajoutée : si tout n’est pas “sexuel”, tout en l’homme est sexué, marqué par l’empreinte de la différence sexuelle.” Philippe Cormier, “Ce mystère est grand” dans Communio (avril 1993), p.25

“En effet, si le corps est le véritable symbole de l’esprit humain, alors la différenciation sexuelle est bien une part importante de la personne. Nous ne pouvons donc pas dire qu’il existe seulement une différence biologique mineure entre les hommes et les femmes, une petite différence avec de graves conséquences sociales. Le sexe n’est pas une région du corps mais un déterminant de l’ensemble de la personne, de tout ce qui est humain.” Walter Kasper, cité dans ‘L’image sexuée” de Francis Martin, dans la revue Communio (avril 1993), p.19

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Hétérosexualité, homosexualité, y a-t-il une différence ?

“Sylviane Agacinski montre comment un courant de pensée contemporain, hyperculturaliste, voudrait imposer l’idée que l’être humain est intégralement le produit de sa propre construction, sociale, culturelle et technologique. Il soustrait la condition humaine à toute condition naturelle, et veut promouvoir la différence des sexualités, à la place de la différence des sexes.
Or, pour la philosophe, la différence des sexualités, n’efface pas la différence sexuelle: on ne peut pas parler d’homosexualité, de bisexualité ou d’hétérosexualité si l’on ne pose pas à priori l’existence d’au moins deux sexes, qui ne sont pas équivalents.
La différence sexuelle ne se comprend qu’à partir du schéma de la génération : le sexe, c’est un pouvoir d’engendrer, un pouvoir mâle, et un pouvoir femelle.” Conférence aux Semaines sociales de France 2012 sur la pertinence de la différence homme-femme. http://www.croire.com, janvier 2013

“La différence sexuelle, pour les homosexuels, est une terre de difficultés.” Vincent Laupies, médecin psychiatre

“Même si la société est plus ouverte, elle a aussi tendance à vouloir effacer la différence.” Danièle Brun, psychanaliste

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Des témoignages
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Du côté des parents: “Notre fils, Sylvain, alors âgé de 22 ans, nous a révélé son homosexualité, en septembre 2000. Ce fut pour mon mari et moi-même un tremblement de terre, un anéantissement total ; la terre se dérobait sous nos pas ; nous étions noyés…. Parmi les nombreuses épreuves que peuvent affronter des parents, la découverte de l’homosexualité d’un fils ou d’une fille occupe une place particulière…
Quelque chose de plus intime est touché quand un couple, homme et femme, découvre que la “chair de leur chair” a une orientation sexuelle différente de la leur. Cela signifie que l’enfant né de leur union les quittera pour une vie autre que celle qu’ils ont bâtie, une vie sur laquelle ils ne pourront projeter leur modèle… Ne considérer notre enfant que par sa seule sexualité est très réducteur. Oui notre amour est mis à l’épreuve, mais il peut aussi grandir et s’affermir par l’amour que nous recevons en retour.”
“Je sais qu’il souffre de ne pas pouvoir fonder une famille, qu’il rêverait d’adopter un enfant en mal d’affection. Quelque soit son choix, je serai à ses côtés, je l’épaulerai de mon mieux.” “David n’a pas choisi d’être homosexuel, cette orientation s’est imposée à lui. J’étais atterrée de l’avoir laissé souffir seul, sans comprendre l’étendue de son désarroi. L’interdit moral était trop fort pour qu’il se l’avoue et qu’il me l’avoue, m’a-t-il affirmé.” Extraits de témoignages dans la revue Pélerin (4 avril 2013)

Du côté des personnes homosexuelles: “J’ai pris conscience de mon homosexualité à 14 ans en tombant amoureux d’un garçon de ma classe. Je l’ai très mal vécu et j’ai eu une longue période de questionnement, de souffrance et de solitude. J’y pensais tout le temps. Ma première réaction a été de demander à Dieu de me changer, je ne voulais pas être différent.” Extraits de témoignages dans la revue Pélerin (4 avril 2013)
“C’est un prêtre qui, le premier, m’a fait dire les mots que je me refusais. Grâce à son écoute, sa sensibilté, son ouverture, il m’a permis de me libérer sur ce que je pouvais nier indéfiniment.”

Du côté des personnes écoutantes: Extrait d’une lettre de Jean-Marie Petitclerc, prêtre éducateur, à Jonathan : “Certes notre Eglise tient à rappeler avec force à notre société – qui a souvent tendance aujourd’hui à tout mettre sur le même plan au risque de nier toute différence – qu’homosexualité et hétérosexualité ne peuvent avoir la même signification d’un point de vue éthique.
Mais ce faisant, elle ne veut bien sûr condamner personne. D’ailleurs, selon l’esprit de l’Evangile, seule peut être répréhensible une décision prise inconditionnellement. Dans ce que tu exprimes, tel n’est pas ton cas. Le constat que tu as le courage d’effectuer – car combien il est important de s’accepter soi-même – n’est pas le fruit d’une décision que tu aurais prise, mais semble s’imposer à toi et est générateur d’un grand trouble…
Oui, Jonathan, quelque soit ton orientation sexuelle, tu es appelé à vivre. Tu es appelé à aimer : et Dieu est toujours présent dans le coeur de ceux qui aiment. Le plus grand commandement, c’est celui de l’Amour.”

Mgr Daucourt, évêque de Nanterre: “La position de l’Eglise est claire. Elle s’appuie sur la réflexion anthropologique : on ne peut pas dire qu’il y a équivalence entre homosexualité et hétérosexualité ; les personnes homosexuelles le sentent et le reconnaissent elles-mêmes la plupart du temps. Mais ensuite il y a des personnes, des chrétiens, des membres de l’Eglise… La question n’est pas de savoir d’abord s’ils suivent le réglement, mais de valoriser tout ce qu’il y a de beau dans leur vie et de leur indiquer des chemins de progrès, à la lumière de l’Evangile. Comme dans l’accompagnement spirituel de toute autre personne. C’est leur relation au Christ qui m’intéresse. J’ai confiance en la conscience de ceux qui ont le désir de le suivre, et en l’Esprit-Saint.”

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A qui s’adresser ?

Un accueil des personnes à tendance homosexuelle et leurs proches se met en place à Grenoble, en partenariat entre la Pastorale des familles, la Pastorale des jeunes et l’association Duec (Devenir Un En Christ). Pour vous exprimer, pour poser vos questions : Ecrire à Devenir Un En Christ.
Cette association a pour vocation d’accueillir les personnes à tendance homosexuelle ou les personnes touchées par l’homosexualité (parents, conjoints, proches…) et d’offrir à chacun un climat de respect, de confiance, pour avancer humainement et spirituellement, quels que soient sa situation et son état de vie, et pour progresser, en Christ, vers une plus grande vie intérieure. Pour en savoir plus, un site www.devenirunenchrist.net

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Message de P. de Kerimel. Un engagement ferme et non violent: Si beaucoup de gens restent mobilisés après le vote de la loi en faveur du “mariage pour tous”, ce n’est pas contre une catégorie de personnes…
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Message d’espérance de l’Eglise: “Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur.” Constitution du Concile Vatican II, Gaudium et Spes § 1.
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“Si ton coeur te condamne, Dieu est plus grand que ton coeur.” Jean 3, 20

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